

C'est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur”
Gaston Bachelard, L’eau et les rêves
Protéger le regard, l’attention sur la paysage va de pair avec la problématique de la protection de l’environnement. Pour avoir une conscience de l’environnement, ne faudrait-il pas prendre conscience des parties dissimulées du paysage ?
Comment saisir, comprendre le paysage d’une rivière ou d’une plage, si je ne vais pas voir la façon dont la rivière ou la mer se prolongent sous la surface ? Qu’est-ce que j’y trouverai ? Quelles formes ? Quels fonds ?
Et qu’est-ce qui se déroule sans nous, sous la surface ?
Ces photographies fonctionnent en vis à vis : une prise de vue d’un site aquatique (une rivière, une plage), avec d’un côté l’usage qu’on en fait (plonger, se faire bronzer, faire du canoë...) et de l’autre côté (ou en dessous), le fonds aquatique, son prolongement naturel mais caché.
Elles mettent en regard une double temporalité : l’instant, le moment d’un loisir capturé comme souvenir, et la permanence (rêvée ?) des fonds dont la photographie n’appartient pas au souvenir, mais à un état, qu’on aimerait inépuisable par le temps, par notre présence.
Ces images interrogent aussi le fantasme d’un regard qui se rêve omniscient, omniprésent, qui pourrait s’étendre tout à la fois au-dessus et en dessous de l’eau. Un regard qui pourrait saisir tous les éléments d’un paysage, dans leur débordement, leur porosité.